En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre entité ainsi que par des tiers afin de vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d'intérêts, la possibilité de partager des articles sur les réseaux sociaux, et la réalisation de statistiques d'audiences.

Plus d'informations sur les cookies
 
<
Décembre 2018
>

 

Témoignage d'un maincéen

  Nous étions des années 20 et 30, nos yeux regardaient et que voyaient-ils ? Nos parents à la peine ; pas la télé, pas le téléphone, de rares automobiles, pas les machines à laver, pas les réfrigérateurs, pas les aspirateurs, pas le chauffage électrique, pas l'éclairage fluorescent,  pas l'eau au robinet, ni les toilettes à la maison, pas de tout à l'égout, pas de gaz de ville, pas partout la T.S.F. quelques phonographes mécaniques, de rares appareils photo, pas de tracteur agricole, ni de moissonneuse-batteuse, pas d'argent dans nos poches, pas souvent un sac neuf à la rentrée des classes, pas d'habit de marque, pas de stylobille ni de crayon-feutre, pas de calculette ni d'ordinateur.  
    Les mieux lotis voyaient un jouet à Noël ; les autres se contentaient d'une orange et d'un peu de pâte à modeler, pas de mixité à l'école, à table très peu de fruit exotiques. (On nous donnait de l'huile de foie de morue et quelquefois de l'huile de ricin... Pouah !!!).
Nous portions une blouse noire, ou grise, ou un tablier bleu pour aller en classe en culottes courtes, ou en jupes, souvent confectionnées par nos mamans. Pas ou peu de vacances à la mer ou à la montagne, nous les passions ici, employés à aider nos parents : jardin, élevage de volailles, de lapins nourris à l'herbe que nous allions chercher sur les chemins ruraux.
Nos parents, puis nous- mêmes, étions piétons ou cyclistes pour aller jusqu'à Melun, Vaux, Voisenon, Rubelles, Dammarie... Les premiers pour y travailler pendant neuf à dix heures par jour. En conséquence, la côte Saint Liesne était souvent remontée à pieds.
 
  Avant la guerre et au cours de celle-ci, nos principaux moments de loisirs se limitaient à parcourir les bords de la rivière, l'Almont. On admirait la dextérité de nos ainés : Nono, Stachou et quelques autres,  capables de prendre à la main les nombreux poissons se cachant parmi les roseaux et les racines des saules bordant les berges. Nono était un véritable Tarzan vivant quasi-nu tout l’été, sans aller à l'école... L'absentéisme n'était pas rare non plus chez certains bûcherons dont les enfants aidaient à renforcer le faible budget familial.
L'objectif d'alors était le certificat d'études primaires (Certes pas le bac + 5).
On pouvait, avec ce bagage, accéder à quelques places de fonctionnaires, assez convoitées par nos parents ; le summum étant l'entrée à l'école normale, pour en sortir instituteur.
 
    La crise financière mondiale de 1929 fragilisait l'emploi de tous ; entre autres elle amenait à la faillite bien des fermiers qui subissaient en plus, les intempéries particulièrement sévères des années 30... De nombreux Polonais et des Belges constituaient l'essentiel des effectifs de l'agriculture. Une association de cultivateurs fit construire la distillerie pour créer un débouché dans la production d'alcool.
On achemina alors les betteraves, chargées à la fourche, dans de petits tombereaux, tirés par des chevaux qui "s'enlisaient" souvent sur les champs détrempés, depuis les alentours de l'Almont jusqu'à la route de Montereau... Ajoutons à cela, le temps qu'il fallait pour biner, à la main, des hectares du même végétal et nous avons un aperçu de quoi les hommes et les femmes étaient capables... Les foins et les moissons demandaient beaucoup d'efforts et les moyens disponibles, permettaient rarement d'échapper aux pluies d'orage, ce qui réduisait considérablement les bénéfices espérés.
 
  Huit fermes étaient exploitées à Maincy  et  plusieurs d'entre nous,  aidions en nous amusant, à conduire les chevaux ou à mener les vaches aux prés en cheminant par les rues du village, via l'abreuvoir,  place du Fourneau.
Nous retrouvions " l'herbe du printemps" sur l'étendue du parcours, ce qui maculait souvent les tracés de nos jeux de marelle. A l'époque les hirondelles étaient nombreuses ; nous remarquions leur habileté pour slalomer parmi les enfants et les bêtes. Le soir, les infatigables chauves-souris prenaient la relève pour se régaler de myriades d'insectes.
Nous avions dix ans quand, pour la première fois, nous sommes allés au cinéma, à Melun, voir "Blanche Neige et les sept Nains.
 
   
 

L'été, notre principale activité du dimanche, était la baignade dans un creux de la rivière, au lieudit "La fosse Morviau", où beaucoup d'entre nous ont appris à nager. Au fond, les cailloux tranchants ne manquaient pas ; nos orteils et nos genoux s'en souviennent encore. Les berges étaient glissantes comme la savonnette de Simplet. Nous séchions au soleil, dans le pré voisin, tout en dissertant sur l'anatomie de Titi Qénard qui se baignait tout nu...

 
   
  En mars 1935, le Curé du village est retrouvé assassiné, sa bonne pendue, leur chat mort aussi. C'était l'abbé Fortin, très aimé de nos anciens, éminent érudit, auteur d'un livre apprécié concernant l'histoire de Maincy. En 1978, Michel Lucas de kergonan créera l'association des "Amis du vieux Maincy" qui publie chaque année, une revue d'histoire très intéressante; 2007 produit le 24 eme fascicule qui relate les circonstances des décès d'alors  
 

 

1939 : La guerre

On pouvait lire : "Nous vaincrons car nous sommes les plus forts". Cela était affiché partout et aussi : "Avec la vieille ferraille nous forgerons l'acier victorieux.

Fallait-il fondre nos vélos qui grâce aux premiers congés payés de 1936  nous avaient enfin permis d'aller voir la mer ? Pendant ce temps, les Allemands se préparaient à nous écraser en un instant.

 

 
 

1940 : L'offensive

Bientôt,  c'est pour nous aussi l'exode, puis l'occupation, avec tous ses drames et ses privations, ses faits d'héroïsme et de lâcheté. A l'école on nous distribuait des biscuits vitaminés, puis plus rien. Ce sont les restrictions générales, nous vivons sur nous- mêmes et mangeons nos lapins et nos patates (Parfois nos porcs, mais il ne faut pas le répéter). Le pain est rare et gris.

Le soir est prolongé, car nous sommes à l'heure allemande. Les enfants se rassemblent sur la place et s'exercent à des jeux de mots entre garçons et filles enfin rapprochés aux heures  où,  de nos jours,  ils surfent sur internet.

Maintenant, le dimanche, on allait se baigner dans la Seine, au bas de la côte Sainte Gemme à Vaux le Pénil où des cabines délimitaient une piscine.

 
       

1944 : La libération

Depuis quatre ans, une jeunesse impatiente attendait la délivrance et des bals de rues fêtaient l'évènement. Le succès de la danse allait grandissant et les amateurs se réunissaient pour s'enlacer chaque fin de semaine dans les bistrots des villages.

A cette époque beaucoup de couples se sont formés durablement en dansant au son de l'accordéon, sous les yeux soupçonneux des mères qui, comme c'était l'usage, accompagnaient leurs filles. Ainsi, nous avons tous un banc, un arbre, une rue, auxquels se rattachent nos souvenirs.

 
 

1945 : Fin des hostilités
Nos prisonniers reviennent. De nouveaux noms s'ajouteront sur la liste du monument aux morts de 14/18. Des déportés sont disparus. Des civiles ont été tuées (Denise Lecomte, 15 ans, nous manquera toujours).
Maincy allait revivre et s'équiper ; d'abord l'eau au robinet, puis les égouts.
On rajeunit l'éclairage public...
On allait à Paris visiter le salon des arts ménagers, puis celui de l'agriculture et encore celui du salon de l'auto et cela nous donnait des envies que, peu à peu, on pouvait concrétiser. Le chômage était rare. Melun et sa périphérie prospérait. On allait peut-être s'acheter un vélomoteur (1an de délai)...
Rue de Melun on reconstruisait, en pierres de Maincy, deux maisons détruites par une bombe.
Créé en 1936, le club sportif de Maincy rassemblait les amateurs, surtout dans des équipes de basket, aux résultats remarquables. On construisit le stade Maxime Verdeaux. Chaque année il était organisées des épreuves de marche et de courses à pieds.

       
 

 

Cet éclat ramassé tout brûlant, dans la rue de Choiseul, le soir du 24 Août 1944, provient de l'obus qui a explosé quelques minutes avant dans le jardin de Marius Lachenait.

      1950 : Nous avions 20 ans
  A la guerre d'Indochine s'ajoute la guerre d'Algérie. 1954 puis 1962 mettront enfin un terme à nos erreurs guerrières. Tour à tour les appelés rejoindront leurs foyers, heureusement sains et saufs.
Le salaire, ou plutôt les deux salaires par famille allaient permettre d'envisager l'achat de la 4 cv Renault ou de la 2 cv Citroën.
On construisit des maisons neuves, l'école maternelle dans la cour des sœurs.
Jusqu'en 1974 les progrès étaient évidents... C'était les vacances d'été à la mer et l'hiver, plus timidement, à la montagne. Mais toujours un délai d'un an pour obtenir le téléphone chez soi et à prix d'or... Ainsi, le premier choc pétrolier diminua assez nettement la progression de chacun. Puis l'équilibre se rétablit.
On a encore construit des écoles, des logements pour le personnel enseignant, une salle polyvalente, une nouvelle poste, une station d'épuration, un réseau de distribution de gaz de ville. Un contrat rural a permis de très intéressantes réalisations au pourtour de la mairie. On a complété le réseau d'éclairage de nos rues et entretenu, au mieux de nos moyens, les bâtiments publics.

 
 
  Conclusion :
E
n se retournant sur le chemin parcouru, parsemé de difficultés et de souvenirs douloureux, on s'aperçoit qu'il a aussi fait bon vivre à Maincy.
(Chacun verra que bien d'autres anecdotes pourraient compléter ces épisodes)

                                                                
                                                     
Rapportées par André Hervillard
                                                     (Adjoint au Maire de 1965 à 1971)

 
 

 

 
a3w.fr © 2010 - Informations légales - www.maincy.fr
Plan du site - Administration - Accueil - Haut de page